Visage

Le vent se lève.
Les arbres du jardin s’agitent faisant frissonner leurs feuilles et s’envoler les oiseaux. Je suis du regard leur envol et j’aperçois le ciel que la brise, amoureuse, caresse tendrement.
Le vent flirte avec les nuages en des mouvements artistiques, qu’indiscrète, j’observe de mon balcon. Qu’il est bon d’ainsi découvrir ces formes moutonneuses aux reflets familiers!

J’y découvre un énorme gâteau dont la crème Chantilly s’étale des deux côtés. Trois nains de jardin viennent y tremper le doigt, sous l’oeil attendri d’un vieillard à la barbe blanche qui s’approche, timide, d’une jeune fille à la robe vaporeuse. Deux petits moutons viennent à passer. Ils sautent dans d’énormes tas de neige qui s’étalent à leur tour et détalent mousseux, tandis qu’un nuage d’ouate s’élève plus haut encore.
La brise fait tourbillonner les poussières de l’allée. Je baisse les yeux l’espace d’une seconde et lorsqu’ils se posent à nouveau sur la toile du ciel, seule subsiste une légère esquisse. Elle s’étire lisse puis courbe, en des reliefs précis qui me rappellent le visage d’une femme. Le contour d’une joue, le creux d’un oeil, la proéminence d’un sourcil, l’ondulation de cheveux.
Flou puis de plus en plus net. En asymétrie puis en symétrie. En noir et blanc puis en couleurs.
Une harmonie de traits tout en finesse, un accord de tons tout en richesse. Je la vois, je la regarde, elle ne bouge pas. Un visage à nul autre pareil, mi-ange, mi-démon. Un visage aux proportions parfaites, presque réel, presque vivant. Une déesse, une mère, une soeur, une fille, une amie, une amante.
 
Une amante amarante, avec le jour qui décline. Une amante aimante avec la nuit qui arrive.
L’obscurité s’empare du visage. Il efface l’ondulation des cheveux, la proéminence du sourcil, le creux de l’oeil, le contour de la joue. Net puis de plus en plus flou. En symétrie puis asymétrie. En couleurs puis en noir et blanc.
En blanc.
En noir.


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11 thoughts on “Visage

  1. et ce qu’on peut y deviner… On peut même y retrouver les visages aimés et puis perdus…
    cela me rappelle un texte que j’avais écrit; je lui donnerais bien place sur mon blog au lieu de toutes les actuelles querelles de bac à sable 😉

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  2. Délicieusement surprise, belle envolée de mots, surprenant ce visage qui se sculpte petit à petit pour s’effacer ensuite, histoire de vie de l’humain…J’ai aimé, Hollynx!

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