Papillon

De jour ou de nuit, tu virevoltes et te poses sans bruit sur la fleur du jardin ou l’abat-jour du salon. Tes ailes de papier sont si fragiles que tu les déploies au premier mouvement car de les toucher du doigt réduirait en poussière les écailles qui les composent et te ferait mourir, faute de voler.
Ta parure colorée anime mes parterres tandis que ta robe grise attriste mes soirées d’une danse lancinante, autour de mes lampes.

Chenille, tu inspires la répulsion.
Chrysalide, tu provoques la curiosité.
Papillon, tu engendres l’admiration.
Trois sentiments pour trois états.

Nul ne te craint, nul ne te traque, on te regarde ou l’on te plaint de n’avoir une vie plus longue.
Viens donc te poser sur mon épaule, chuchote à mon oreille, dis-moi que l’été prochain sera pareil à celui-ci et que nous nous retrouverons sous le soleil.
Tu agites les antennes. Serait-ce en guise d’acquiessement?
Tu étends les ailes. Pourquoi cette subite méfiance?
Attends!

Attends… mais déjà te voilà dans le jardin du voisin.
Papillon du jour, méfie-toi des filets gloutons, ils auraient vite fait de t’avaler.
Papillon de nuit, n’approche que prudent la lumière, elle prendrait plaisir à te brûler les ailes.
Un signe de la main et tu reviens, tu frôles silencieusement mon oreille, plus léger que l’air et tu te poses sur le bord de mon assiette. Quel drôle de face-à-face, l’humain face à l’insecte!
Plus un millimètre de moi ne bouge, je te découvre. Ta petite tête est inclinée et tu sembles me regarder. Tu réunis tes ailes en une fine dentelle et tu restes là, immobile, en confiance.
Quelques minutes s’écoulent puis, le temps s’arrête: tu viens de me sourire.

Il est de ces moments rares et privilégiés de l’existence où, face à un tout petit, on se sent vraiment minuscule.
Une porte qui claque, un cri d’enfant, une tondeuse qui démarre, un tracteur qui tousse, te voilà reparti pour d’autres horizons et je me retrouve seule, face à mon repas froid.
Frèle papillon, tu m’as donné des ailes, bonne route.
 
Petite surprise-tendresse, cliquez papillon

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12 thoughts on “Papillon

  1. nul ne te traque écrit la poétesse
    mais la vie
    la vie qui flirte sans cesse avec l’infinité de morts…

    une petite épuisette une petite épingle une petite étiquette
    l’homme de science dit-on…

    le papillon non plus
    ne va pas souvent jusqu’au bout de la vie

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  2. J’y pense, j’y pense… je croisque cela me poursuivra jusqu’au soir…

    La fragilité des « choses » aussi belles (mes histoires de pâquerettes, c’est cela encore), elle fait leur force, à elle toute seule.

    A bientôt, excellente semaine à toi 🙂

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