Amour

Je suivais le long et froid couloir de ma vie sans véritable destination quand tout a basculé.
Un matin, le couloir était mal éclairé et mes pensées si obscures, j’errais dans mon intemporalité intérieure et j’ai croisé votre regard. Plus tendres qu’un aveu, vos yeux m’ont regardée; plus douce qu’une caresse, votre voix s’est fait sourire. Sans rien demander en retour, vous avez fait face à mon âme endormie qui ne cessait de voyager à travers misères et chimères.
Les années s’étirent depuis cette rencontre et jamais le gouffre qu’elle creusa ne se comblera. Il reste béant en mon coeur, aussi désert que ce quai qui ne voit arriver que nostalgie, sans nulle trace de convoi quotidien.
Statique, je reste là à attendre silencieusement mon train, tandis que mes pensées vagabondent bruyamment sur les rails de mes souvenirs. Votre visage, plus beau qu’une photo jaunie, habite ma mémoire; plus réelle qu’un banal enregistrement, votre voix résonne encore en moi. Fantasque mémoire qui rend subjective, avec l’aide du temps, les circonstances de notre rencontre. Parfois, je la sens défaillir: comment vous ai-je rencontré? Le flou cherche à s’imposer inlassablement à moi. Vous passiez par là. J’allais par ici. Deux routes qui se rencontrent, qui se croisent, qui se séparent.
Le doute va-t-il épouser le flou? Vous ai-je vraiment rencontré, entre deux portes, deux quais, deux rails, deux êtres, deux moi?
L’écho de ces lieux est soudain le seul témoin de mon hurlement, il en perd la voix alors que je m’époumonne, désespérée: je n’ai pas fini de vous aimer!
Je n’ai pas fini de vous aimer…
J’ai croisé votre regard, pénétrant et noir. J’ai serré votre main, sans penser au lendemain. Puis, demain est venu et jamais je ne vous ai revu. J’ai entendu votre voix et j’ai désiré vos bras. Vous m’avez remarquée et je ne vous ai pas oublié.
Non, je ne vous ai pas oublié…
Vous hantez mes heures quand il m’arrive de rêver de bonheur. Je ne vous ai pas dit combien vous me plaisiez car vous êtes un amour impossible, votre coeur ayant d’autres cibles.
Que Dieu me vienne en aide. Il sait à quel point je vous aime mais, vous êtes son serviteur et il préfère garder votre coeur.

13 thoughts on “Amour

  1. « Votre visage, plus beau qu’une photo jaunie », « Vous passiez par là. Jallais par ici »,… des mots que j’aime vraiment beaucoup. Je reviendrai m’y perdre!

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  2. je continuerai à vous faire rêver: vous me le rendez bien.
    Si vous avez des mots à proposer, n’hésitez pas: j’adore cet exercice!

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  3. Lui, il ne sait pas, il ne saura jamais que tu parles de lui, dans ce très beau texte.
    Moi, je sais (quelle horrible phrase).
    Et, en parlant de la sorte, tu sais qui je suis.
    Pardon aux lecteurs qui ne comprendront pas mes propos: ils ne peuvent pas, ils ne doivent pas les comprendre.
    Lui, tout de noir vêtu, vit sa solitude sans penser que toi, depuis… toutes ces années, il hante tes nuits.
    Demain sera un jour très difficile pour toi, pour nous deux.
    On pensera à lui. Et puis aussi à nous.

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